Comment faire la couleur bordeaux en peinture : mélanges et nuances
Le bordeaux est un rouge assombri, et c'est précisément le problème : assombrir un rouge est la manœuvre la plus facile à rater de toute la palette. La plupart des bordeaux maison finissent bruns, ternes ou franchement sales. Il existe trois façons de les foncer, une seule donne un résultat profond, et ce n'est pas celle qu'on utilise spontanément.
Le réflexe est d'ajouter du noir. C'est ce qui produit le plus sûrement un bordeaux boueux. Un noir de peinture n'est jamais neutre : le noir d'ivoire tire vers le brun, le noir de mars vers le gris froid, et tous deux tuent la saturation du rouge en même temps qu'ils le foncent. Vous obtenez un marron sombre, pas un bordeaux. Réservez le noir aux tout derniers ajustements, par touches minuscules, quand la teinte est déjà juste.
Les trois façons de foncer un rouge
Avec un rouge sombre et transparent. C'est la méthode des peintres. Un carmin, une laque d'alizarine ou une quinacridone magenta sont des rouges naturellement froids et profonds : ajoutés à un rouge vif, ils le foncent en le poussant vers le violet, sans rien enlever à son intensité. C'est le chemin direct vers un vrai bordeaux.
Avec une pointe de sa complémentaire. La complémentaire du rouge est le vert, pas le bleu. Une trace de vert dans un rouge le désature et l'assombrit tout en gardant son caractère rouge : c'est ainsi qu'on obtient les rouges profonds et un peu sourds des natures mortes anciennes. Le dosage est délicat, une pointe de trop fait basculer vers le brun, mais le résultat est autrement plus vivant qu'avec du noir.
Avec une terre. La terre de Sienne brûlée ou l'ombre brûlée foncent le rouge en le réchauffant. On s'éloigne du bordeaux vineux pour aller vers un rouge cuir ou brique sombre, ce qui est parfois exactement ce qu'on cherche.
Ces trois méthodes reposent sur le même principe que tous les autres mélanges : savoir ce que chaque pigment apporte au-delà de sa couleur apparente.
Le bleu, lui, ne fonce pas : il déplace. Ajouté à un rouge, il crée du violet. C'est utile pour donner au bordeaux sa nuance vineuse, mais en très petite quantité et en complément d'une des trois méthodes ci-dessus, pas à leur place.
Le rouge de départ décide de tout
Chaque rouge penche d'un côté. Un rouge de cadmium tire vers l'orange : il est chaud, opaque, et donne en s'assombrissant un bordeaux brique, chaleureux mais peu profond. Un carmin, une alizarine ou une quinacridone tirent vers le violet : ils sont froids, souvent transparents, et contiennent déjà la direction du bordeaux. Il suffit de les foncer.
Pour un bordeaux classique, partez donc d'un rouge froid. Vous économiserez le bleu, et donc le risque de virer au prune.
Les peintres apprécient l'alizarine pour sa transparence, idéale en glacis. Le pigment historique a toutefois une mauvaise tenue à la lumière : une œuvre exposée peut perdre visiblement ses rouges en quelques années. Les fabricants proposent des versions dites « hue » ou « permanente », à base de pigments quinacridone, qui donnent la même profondeur avec une stabilité bien meilleure. Vérifiez la mention de résistance à la lumière sur le tube, en général une échelle notée de I à III ou un nombre d'étoiles.
Les nuances de la famille
« Bordeaux » désigne dans l'usage courant toute une famille de rouges sombres, que le vocabulaire de la mode et de la décoration distingue pourtant. Savoir lequel vous visez évite beaucoup de tâtonnement.
| Nuance | Caractère | Comment y aller | RVB approximatif |
|---|---|---|---|
| Bordeaux | Rouge sombre légèrement violacé | Rouge froid, foncé à l'alizarine, pointe de bleu | 128, 0, 32 |
| Lie-de-vin | Plus violet, plus mat | Ajouter un peu plus de bleu, ou une pointe de violet | 110, 20, 55 |
| Grenat | Plus lumineux, plus rouge | Garder un rouge vif dominant, foncer à peine | 150, 0, 40 |
| Prune | Franchement violet | Rouge froid et bleu à parts plus proches | 100, 0, 60 |
| Rouge cuir, brique sombre | Chaud, terreux | Rouge chaud et terre de Sienne brûlée | 140, 40, 30 |
| Vieux rose profond | Bordeaux éclairci | Bordeaux et blanc, 30 à 50 % | 175, 90, 100 |
Un point à connaître avant d'éclaircir : ajouter du blanc à un bordeaux ne donne jamais un bordeaux clair, mais un rose. C'est inévitable, la clarté et la saturation d'un rouge sont liées. Si vous voulez une version claire qui reste dans la famille, passez par un rouge plus clair au départ plutôt que par du blanc à l'arrivée.
Les références numériques
- Bordeaux standard : #800020, soit 128, 0, 32
- RAL 3005, rouge vin, la référence des menuiseries et volets : #5E2028 environ
- Lie-de-vin : #6D1C30 environ
- Vieux rose profond : #AF5A64 environ
Les équivalences hexadécimales d'une référence RAL ne sont qu'approchées : un nuancier RAL décrit une couleur physique, avec un brillant et une texture, qu'aucun code écran ne restitue. Pour une commande de peinture, donnez la référence, pas le code couleur.
Peindre un mur en bordeaux
C'est là que la plupart des projets déraillent, pour une raison technique rarement expliquée en magasin : les pigments rouges couvrent mal. Là où un blanc ou un gris s'impose en deux couches, un rouge sombre appliqué directement sur un mur clair en demande quatre, et laisse malgré tout des zones inégales.
Avant toute chose, le support doit être sain : un mur mal nettoyé avant peinture fait boire la sous-couche de façon irrégulière, et la teinte sèche en auréoles que le bordeaux souligne impitoyablement. Prévoyez aussi les quantités, un litre ne couvrant qu'une surface limitée quand il faut plusieurs couches.
La solution des peintres professionnels tient en une sous-couche teintée. On applique d'abord une impression grise, d'un gris moyen à foncé, puis deux couches de bordeaux. Le résultat est plus uniforme, plus profond, et consomme au total moins de peinture que quatre couches de finition coûteuse. Beaucoup de fabricants indiquent d'ailleurs la teinte de sous-couche recommandée sur la fiche produit de leurs rouges foncés.
Prévoyez aussi que le bordeaux mange la lumière. Dans une pièce à plafond bas ou peu éclairée, un mur entier en bordeaux ferme l'espace. Sous trois mètres de hauteur sous plafond, il fait l'inverse et crée un cocon. Entre les deux, la règle la plus simple consiste à ne pas dépasser un quart à un tiers des surfaces visibles.
Le bordeaux change plus que toute autre couleur selon l'éclairage. Peignez un carré de trente centimètres de côté, ou mieux une chute de placo que vous pourrez déplacer, et regardez-le le matin à la lumière du jour, l'après-midi, puis le soir sous vos ampoules. Sous une lumière chaude à 2700 kelvins, il paraît rouge et enveloppant ; sous une LED froide à 4000 kelvins ou plus, il vire au prune et durcit. Cette différence n'est pas un défaut de la peinture : c'est la couleur de votre éclairage qui décide, et il vaut mieux le découvrir avant les quatre murs.
Avec quoi l'associer
Le bordeaux s'entend naturellement avec les métaux chauds : laiton, cuivre, dorures. C'est l'accord des bibliothèques anglaises et des brasseries, et il fonctionne encore. Avec un blanc crème ou un beige, il s'assagit et devient utilisable dans un intérieur contemporain.
Le contraste le plus efficace vient de sa complémentaire : un vert profond, sapin ou anglais, posé face à un bordeaux, met les deux en valeur sans qu'aucun ne domine. C'est la même relation que celle qui sert à foncer le rouge sur la palette, appliquée cette fois à l'échelle d'une pièce.