Prendre soin de son cheval : guide complet du propriétaire
Trois besoins gouvernent la santé d'un cheval, et tout le reste en découle : du fourrage presque en continu, du mouvement libre, et la présence d'autres chevaux. Un cheval qui a les trois tombe rarement malade. Un cheval qui en manque un développe des troubles digestifs ou du comportement, quelle que soit la qualité des soins par ailleurs.
Du fourrage réparti sur la journée, sans laisser passer plus de quatre à six heures sans rien à mastiquer. De l'eau propre en permanence, 20 à 50 litres selon la saison et le travail. Un espace de vie propre et aéré. Une sortie quotidienne. Contrairement à ce qu'on croit souvent, ce sont les manques de foin, et non les excès, qui provoquent l'essentiel des ennuis digestifs : l'estomac du cheval sécrète de l'acide en continu, qu'il ait quelque chose à digérer ou non.
Box, stabulation ou pré
Le box individuel donne le contrôle le plus fin sur l'alimentation et facilite la surveillance. Il faut compter au minimum 12 m² pour un cheval de 500 kg, soit environ 3,5 mètres sur 3,5. La paille reste la litière la plus adaptée, parce que le cheval peut la consommer et qu'elle prolonge le temps de mastication ; les copeaux et la sciure absorbent mieux mais n'apportent rien à cet égard. Le box se cure et se repaille chaque jour, les crottins se retirent plusieurs fois par jour.
Son défaut est structurel : un cheval au box bouge peu et ne touche personne. Il faut compenser par des sorties quotidiennes et un voisinage visible.
La vie au pré satisfait d'emblée les trois besoins fondamentaux, à condition que la parcelle soit suffisante, clôturée correctement, pourvue d'un point d'eau et d'un abri contre la pluie battante comme contre le soleil. Les risques se déplacent : blessures lors des interactions, parasitisme plus élevé, et fourbure chez les chevaux sensibles quand l'herbe de printemps devient trop riche. Un pré n'est pas un mode de garde sans surveillance.
La stabulation libre, enclos couvert partagé par plusieurs chevaux, constitue souvent le meilleur compromis : mouvement, contacts sociaux, abri et distribution maîtrisée.
Changer de lieu de vie, partir en concours ou rejoindre une nouvelle écurie suppose en revanche une préparation à part entière : le transport d'un cheval est l'un des moments où les accidents et les coliques sont les plus fréquents.
L'alimentation
Le cheval est fait pour brouter quatorze à dix-huit heures par jour. Son estomac est petit, son intestin long, et il n'a aucune capacité à jeûner. Toute l'alimentation en captivité découle de ce point.
Le foin est la base. Un cheval de 500 kg en consomme 1,5 à 2 % de son poids par jour, soit 7,5 à 10 kg. Il doit être récolté au bon stade, bien séché, sans poussière ni moisissure. La façon de le distribuer compte autant que la quantité : un filet à mailles serrées double ou triple le temps passé à manger, et supprime les longues heures à vide qui abîment l'estomac.
Les concentrés, avoine, orge, maïs ou aliment composé, ne se justifient qu'au-delà d'un certain niveau de travail. On mesure les besoins en unité fourragère cheval, l'UFC, qui vaut environ 2 200 kilocalories d'énergie nette. Un cheval au repos tourne autour de 4 UFC par jour, un cheval de compétition peut monter à 9 ou 10.
| Niveau d'activité | Besoin en UFC par jour | Foin | Concentrés |
|---|---|---|---|
| Repos, vie au pré | 4 | 8 à 10 kg | Aucun |
| Travail léger, 1 h par jour | 5 à 5,5 | 7 à 9 kg | 0 à 1 kg |
| Travail modéré, 2 h par jour | 6 à 7 | 6 à 8 kg | 1 à 2 kg |
| Sport intensif | 8 à 10 | 5 à 7 kg | 3 à 5 kg |
Deux règles évitent la plupart des accidents : ne jamais augmenter brutalement la part de concentrés, et fractionner. Un changement d'aliment se fait sur dix jours, en remplaçant progressivement l'ancien par le nouveau. Une ration de grain supérieure à deux kilos se divise en plusieurs repas.
Reconnaître une colique
C'est l'urgence la plus fréquente chez le cheval, et celle où le délai change tout. Une colique est une douleur abdominale dont les causes vont du simple blocage alimentaire à la torsion d'intestin, qui se joue en heures.
Les signes vont du discret au spectaculaire. Le cheval se désintéresse de son foin, regarde son flanc, gratte le sol, se couche et se relève sans arrêt, se roule, transpire sans avoir travaillé, s'étire comme pour uriner sans y parvenir. Un cheval qui ne fait plus de crottin depuis plusieurs heures mérite déjà l'attention.
Ce qu'il faut faire : appeler le vétérinaire sans attendre de voir si cela passe, retirer la nourriture, et marcher le cheval en main s'il est agité, doucement, le temps que le vétérinaire arrive. Ce qu'il ne faut pas faire : donner un antidouleur de sa propre initiative, car il masque les signes qui servent au diagnostic, ni forcer un cheval épuisé à marcher.
La prévention tient dans ce qui précède : fourrage continu, eau toujours accessible, changements alimentaires progressifs, dents entretenues, et vigilance accrue au moment des transitions, mise à l'herbe du printemps en tête.
Le pansage, et ce qu'il permet de voir
Compter trente à soixante minutes par jour selon la saison. Le pansage n'a pas qu'une fonction esthétique : c'est le moment où l'on passe les mains sur tout l'animal, donc le moment où l'on repère une chaleur, une bosse ou une réaction anormale avant qu'elles ne deviennent un problème.
- Étrille : en mouvements circulaires sur les masses musculaires, pour décoller poils morts, sueur séchée et terre. Jamais sur la tête ni sur les membres, où l'os affleure.
- Brosse dure : en poussant vers l'extérieur, elle évacue ce que l'étrille a soulevé.
- Brosse douce ou bouchon : finition, dans le sens du poil, jusqu'au brillant.
- Curage des sabots : cure-pied de la fourchette vers la pince, en dégageant les lacunes. Vérifiez l'absence de corps étranger, l'odeur, et l'état de la ferrure. Une odeur fétide avec une fourchette qui s'effrite signale une pourriture à traiter.
- Crins : démêlez à la main ou à la brosse large, en commençant par le bas et en remontant, sans quoi vous arrachez.
- Palpation : passez les mains sur les quatre membres, tendons compris. Une chaleur localisée ou un gonflement se sentent avant de se voir.
Vétérinaire, dentiste, maréchal
La vaccination contre la grippe équine et le tétanos est exigée pour concourir en compétition fédérale, et recommandée dans tous les cas : la grippe circule vite en écurie et le tétanos est presque toujours mortel chez le cheval. Primovaccination, puis rappels selon le protocole du vaccin utilisé.
La vermifugation a changé de doctrine. Traiter systématiquement tous les trois mois a sélectionné des parasites résistants, au point que certaines molécules perdent leur efficacité. L'approche actuelle passe par une coproscopie, un comptage d'œufs dans les crottins, qui indique si le cheval a besoin d'un traitement et lequel. C'est plus efficace et souvent moins cher qu'un vermifuge à l'aveugle.
Le dentiste équin intervient tous les un à deux ans. Les molaires du cheval poussent en continu et s'usent de façon irrégulière, créant des surdents qui blessent la joue, gênent la mastication et rendent le mors douloureux. Un cheval qui mâche de travers, laisse tomber des boulettes de foin ou résiste soudain au mors a souvent un problème de bouche avant d'avoir un problème de dressage.
Le maréchal-ferrant passe toutes les six à huit semaines, que le cheval soit ferré ou pieds nus : dans les deux cas, la corne pousse et doit être parée.
En France, tout équidé doit être identifié par transpondeur et déclaré auprès du fichier central, avec un document d'identification qui l'accompagne à vie. Le propriétaire doit être enregistré, et toute cession se signale dans les délais impartis. Vous devez par ailleurs déclarer votre lieu de détention d'équidés auprès des services vétérinaires, même pour un seul cheval hébergé chez vous : cette déclaration sert à vous joindre en cas d'épizootie. Ces démarches sont gratuites ou peu coûteuses, et leur absence bloque tout, de la participation en concours à la vente de l'animal.
Le budget, rarement anticipé correctement
Le prix d'achat, de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'euros, est la part la plus visible et la moins déterminante. Ce qui pèse, c'est le récurrent : pension de 400 à 1 000 euros par mois selon la formule, maréchalerie de 80 à 150 euros toutes les six à huit semaines, vaccins et vermifuges autour de 300 euros par an, assurance de 200 à 800 euros, sans compter les frais vétérinaires imprévus, qui ne préviennent pas et se chiffrent vite en milliers d'euros pour une colique opérée. Un cheval de loisir en pension complète revient couramment à 7 000 à 15 000 euros par an.