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Le magazine du quotidien Mercredi 16 septembre 2026
Formation / Education

Le métier d'électricien : missions, compétences et salaire

Par la rédaction ,
Électricien contrôlant un tableau électrique dans une maison

On entre dans le métier d'électricien avec un CAP en deux ans, et on peut y rester quarante ans sans jamais faire deux fois le même chantier. C'est un métier de norme autant que de geste : la réglementation change, les équipements aussi, et la partie du travail qui consiste à se former n'est pas optionnelle.

Ce que fait réellement un électricien

Concevoir, installer, raccorder, entretenir : la définition tient en quatre verbes, mais le quotidien dépend entièrement du secteur et du type de chantier.

Dans le logement

Sur une construction neuve, l'électricien passe après le gros œuvre et avant les finitions. Il lit les plans, trace les circuits, pose les gaines, monte le tableau de distribution, câble les départs, éclairage, prises, circuits spécialisés cuisson et lave-linge, chauffage, réseau informatique, puis prépare le raccordement au réseau public.

La norme NF C 15-100 encadre tout cela dans le détail : nombre minimal de prises par pièce, circuits dédiés obligatoires, section des conducteurs, liaison équipotentielle imposée dans la salle de bains, choix des dispositifs différentiels et découpage des volumes autour du point d'eau. Elle est révisée par amendements successifs, et une installation conforme en 2010 ne l'est plus forcément aujourd'hui.

En rénovation, le travail commence par un diagnostic de l'existant. Tableau à fusibles, absence de prise de terre, fils sous moulure, section insuffisante : selon l'ampleur, on renforce ou on refait. Le choix du matériel de rénovation électrique découle directement de ce diagnostic. Cette phase de diagnostic est celle qui distingue le plus nettement un professionnel d'un bricoleur.

Dans l'industrie et le tertiaire

Les postes s'appellent souvent électrotechnicien ou automaticien. On y travaille sur des armoires de puissance, des moteurs, des variateurs, des automates programmables, parfois de la haute tension. Les interventions supposent une habilitation électrique délivrée par l'employeur après formation, selon la norme NF C 18-510 : B1, B2, BR, BC pour la basse tension, H1 et H2 pour la haute. Chaque lettre et chaque chiffre correspond à un domaine de tension et à un type d'opération autorisé, et personne ne travaille hors de son habilitation.

Comment on devient électricien

Il existe plusieurs portes d'entrée, et la voie de l'alternance domine largement dans ce métier.

  • CAP Électricien, en deux ans après la troisième. C'est le diplôme d'entrée le plus courant, qui permet de travailler comme ouvrier électricien dès l'obtention.
  • Bac professionnel MELEC, métiers de l'électricité et de ses environnements connectés, en trois ans. Il ouvre sur des postes plus autonomes et reste la voie la plus empruntée aujourd'hui.
  • BTS Électrotechnique ou BTS Fluides, énergies, domotique, en deux ans après le bac. Ils mènent à des fonctions de chargé d'affaires, de chef de chantier ou de bureau d'études.
  • Titres professionnels et reconversion : le titre professionnel d'électricien d'équipement du bâtiment se prépare en quelques mois en formation continue, ce qui en fait la voie la plus courante pour un adulte en reconversion. La validation des acquis de l'expérience est également possible après plusieurs années de pratique.

Quel que soit le diplôme, il ne suffit pas à lui seul : les habilitations électriques se passent en entreprise et se renouvellent périodiquement, tous les trois ans en pratique. Elles conditionnent l'accès aux chantiers.

Ce que le Consuel change

Toute installation neuve, et toute rénovation totale, doit obtenir une attestation de conformité visée par le Consuel avant que le gestionnaire de réseau ne mette le courant. C'est ce document qui ouvre le compteur, pas la fin du chantier. Un particulier qui réalise lui-même son installation peut demander cette attestation, mais il l'établit sous sa responsabilité et se soumet au même contrôle : le Consuel visite un pourcentage des dossiers, et un refus bloque la mise en service jusqu'à correction.

Type d'interventionCe qui est exigé du professionnelTexte de référenceDocument en fin de chantier
Installation neuve en logementQualification professionnelle et assurance décennaleNF C 15-100Attestation Consuel
Rénovation avec aides publiquesQualification RGE, exigée pour que le client touche les aidesNF C 15-100Consuel si réfection totale
Basse tension en tertiaireHabilitation B1, B2 ou BR selon l'opérationNF C 18-510Selon le marché
Haute tensionHabilitation H1 ou H2NF C 18-510Obligatoire
Borne de recharge au-delà de 3,7 kWQualification IRVENF C 15-100 et réglementation IRVEAttestation de l'installateur

Les compétences qui font la différence aujourd'hui

Trois domaines se sont ajoutés au métier en une quinzaine d'années, et ce sont eux qui creusent l'écart de rémunération entre deux électriciens de même ancienneté.

La domotique d'abord. Piloter un bâtiment ne se fait plus au câble seul : il faut savoir programmer un bus KNX, intégrer des équipements en Zigbee ou Z-Wave, et configurer les interfaces que l'occupant utilisera. C'est un travail de paramétrage autant que de tirage de fils, et tous les électriciens ne s'y mettent pas.

Le photovoltaïque ensuite, tiré par la prime à l'autoconsommation et par le prix de l'électricité. Installer du solaire suppose de maîtriser les onduleurs, les protections contre le retour de courant, la mise à la terre des structures et la procédure de raccordement auprès du gestionnaire de réseau. Une qualification RGE spécifique est nécessaire pour que le client bénéficie des aides.

Les bornes de recharge enfin. Au-delà de 3,7 kW, l'installation doit être confiée à un professionnel titulaire de la qualification IRVE, et cette qualification conditionne aussi l'accès aux aides. Le marché des copropriétés et des flottes d'entreprise s'est ouvert avec l'obligation de pré-équiper les parkings, et il se referme sur les non-qualifiés.

Combien gagne un électricien

Les fourchettes ci-dessous sont des ordres de grandeur pour le secteur du bâtiment, à confronter avec la convention collective applicable et avec le marché local, qui varie fortement entre une grande agglomération et une zone rurale.

  1. Débutant, sortie de CAP ou de bac pro : autour du SMIC à 2 100 euros bruts par mois.
  2. Électricien confirmé, trois à cinq ans de métier : 2 200 à 2 800 euros bruts.
  3. Chef d'équipe : 2 800 à 3 500 euros bruts.
  4. Chef de chantier ou conducteur de travaux : 3 500 à 5 000 euros bruts.
  5. À son compte : très variable. Le chiffre d'affaires ne dit rien du revenu, les charges, l'assurance décennale, le véhicule, l'outillage et les périodes creuses absorbant une part importante de la facturation.

Les qualifications IRVE, photovoltaïque et domotique se monnaient : à ancienneté égale, elles ouvrent des chantiers que les autres ne peuvent pas prendre.

Le métier tel qu'il se vit

C'est un travail physique. On porte des tourets de câble, on travaille à genoux dans des combles, sur des échafaudages, dans des vides sanitaires, parfois dans le froid tant que le chauffage n'est pas en service. Les déplacements quotidiens sont la règle, le chantier est rarement à côté de chez soi.

C'est aussi un métier où l'erreur se paie : un conducteur mal serré chauffe et peut mettre le feu des mois plus tard, un différentiel mal choisi ne protège personne. Cette responsabilité explique le niveau d'exigence des habilitations et l'obligation d'assurance décennale.

En contrepartie, la demande ne faiblit pas. Rénovation énergétique, mise aux normes du parc ancien, électrification des usages : les carnets de commande sont pleins, et le métier reste l'un de ceux où l'on trouve un emploi rapidement avec un diplôme de niveau CAP ou bac professionnel.

Choisir un électricien pour ses travaux

Si vous cherchez un professionnel plutôt qu'un métier, trois vérifications suffisent à écarter l'essentiel des mauvaises surprises.

L'assurance d'abord : demandez l'attestation de responsabilité civile professionnelle et de garantie décennale en cours de validité, avant de signer le devis. Sans elle, un sinistre électrique survenu deux ans plus tard reste à votre charge.

La qualification ensuite. Qualifelec est la certification propre au métier, délivrée après examen du dossier technique et de chantiers réalisés. Le label RGE s'y ajoute si vous comptez demander des aides publiques. Ces deux qualifications se vérifient dans les annuaires officiels des organismes qui les délivrent, et sur le service public de la rénovation de l'habitat.

Le devis enfin. Un devis sérieux détaille les fournitures, référence les protections posées, mentionne la norme applicable et indique si le passage du Consuel est inclus. Un devis au forfait global, sans détail, ne permet aucune comparaison et masque souvent du matériel d'entrée de gamme.